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frimas dans le vignoble (copyright g.wurth)Un village? Mais non une capitale! Celle du vin d'Alsace. Joyeuse, alerte, bonhomme et savoureusement belle, qui mérite la redécouverte le temps d'une balade éblouie.
C'est une ville, hop là, comme en rêverait Alphonse Allais : bâtie à la campagne, avec sa plaine du Ried, les alluvions du Rhin, à sa porte, la ligne bleue des Vosges comme sentinelle et les rives de la Fecht et de la Lauch pour se mirer. Une ville? Pas si sûr, d'ailleurs.
Ginette Humbrecht, qui dirige avec son fils Olivier et son mari Léonard, le domaine le plus moderne des environs, dans la plaine de Turckheim, le dit en riant. " Je ne pourrais pas, comme ça, à Strasbourg, débarquer directement de mes vignes en bottes, en pleine-ville. On est le matin entre les ceps. Et là, d'un coup, on fait ses courses, sans se presser ". C'est dit: Colmar est une ville où on est à l'aise.

Tous les barons du vignoble ont d'ailleurs beau vanter à l'envie leurs villages fleuris, d'Eguisheim " le berceau ", à Riquewihr " la perle ", c'est à Colmar que l'on vit, que l'on dîne, que l'on boit un pot, que l'on se rencontre et chose importante, que l'on décide de l'avenir du vin, de son commerce, de sa communication, comme de sa législation. " L'Alsace et la Corse sont les deux seules régions de France, fait remarquer Jean-Michel Deiss, où le conseil régional de l'INAO est souverain dans les décisions juridiques. Paris n'a plus qu'à approuver ". Et l'INAO alsacien se trouve d'ailleurs à Colmar, comme le CIVA, le comité des vins d'Alsace, qui regroupe les multiples syndicats de vignerons-propriétaires, négociants, coopérateurs, qui unifie des individualités bien établies.

L'histoire est là, avec ses antécédents, la géographie aussi, précise et têtue. Colmar, dès le Moyen-Age, avec son mini-port d'Horbourg-Wihr, envoyait son vin jusqu'au fin fond de l'Europe de l'Est. Personnage charismatique, charentais et poitevin d'origine, picard de naissance, Pierre Bouard est depuis trente cinq la cheville ouvrière du vignoble.

INTERVIEW DECOUVERTE
Francis Lichtlé, archiviste de la Ville de Colmar : Capitale des Vins d'Alsace

vignes-au-printemps-g.-wurt.jpgComme il n'est pas du cru, il peut unifier, sans faire naître de querelles de clocher, les barons du vignoble, les grandes caves coopératives, les propriétaires au tempérament individualiste.

Colmar et ses affluents du Rhin, la Fecht et la Lauch, Colmar et ses musées (le musée Unterlinden réputé pour le retable d'Issenheim, est le premier musée de province en nombre de visiteurs), Colmar et ses trois millions de touristes annuels, tout cela est certes connu. On vient ici voir la maison-musée de Bartholdi, le sculpteur créateur de la Liberté éclairant le monde. On se recueille devant la maison natale de Jean-Jacques Waltz dit Hansi, le dessinateur caricaturiste, régionaliste et patriote, dont les belles enseignes (celles de la charcuterie Zimmerlin, de Fincker frères avec son Saint-Antoine tenté par le cochon, de martin Musslin et de son kougelhopf tricolore, du général Kléber) ornent la ville.

Colmar est, répétons-le, un musée de plein air. La Maison des Têtes, la maison Pfister, l'ancien logis de garde Renaissance italienne, l'ancienne Douane et la Petite Venise : tout cela vaut mille fois le détour. Mais sait-on assez que Colmar est, d'abord, la capitale du vin? " Ce rôle, dit le sage Pierre Bouard, lui a été attribué par l'histoire, la géographie, sa position centrale et frontalière à la fois. Si toutes les institutions sont là, c'est comme une donnée de nature"

Volontiers parcellisée, avec ses 6500 déclarations de récolte, ses milles propriétés vivant de la vigne, ses 4,5 ha de moyenne, le vignoble alsacien avait besoin de trouver son unité. " Si on avait choisi Kaysersberg ou Riquewhir ", affirme Colette Faller la grande dame du Weinbach, qui a fêté en grandes pompes le centenaire de son beau domaine, " on aurait fait quelques jaloux.

Avec Colmar, que tout le monde reconnaît et que tout le monde aime, on ne gêne personne ". Et d'ajouter qu'à Paris, lorsqu'elle prend le taxi, elle ne dit pas qu'elle est de Kaysersberg. " Personne ne connaît. Alors je dis que je suis près de Colmar et tout s'éclaire... "


Le seul défaut de la ville? Sa modestie. " Elle est la seule capitale de vignoble, à ne pas affirmer sa nature sur ses panneaux routiers, au contraire de Bordeaux, Beaune ou Reims, sa nature ", glisse prudemment Pierre Bouard. Et Robert Schoffit d'ajouter plus vertement: " quand je vois " Colmar-ville musée " à l'entrée de la ville, ça me chagrine. Au contraire, on devrait être fier d'être ici ". Il faut dire que le gars Robert, installé dans le quartier de la Semm, un ancien faubourg de maraîchers, est l'un des sept vignerons de la cité. Il exploite avec son fils Bernard 15 ha de vignes dont 2 sur le prestigieux Rangen de Thann, au clos Saint-Théobald, et douze sur la Harth, ce sol d'alluvions du Rhin, constitué avec les pierres rejetées par la Fecht- " cône de déjection ". Les étiquettes de son épatant riesling Harth, frais, friand, fringant, représente la ligne du ciel de la belle cité, l'ombre de ses toits et ses clochers. Et son gouleyant chasselas est le type même du vin de copains, à boire au retour d'une partie de pêche.

Longtemps, les vignerons d'ici rêvèrent d'une appellation grand cru pour la " Harth-Colmar ". Celui qui en rêva le plus fort fut Robert Karcher, le président d'honneur du syndicat d'ici, dont la cave paysanne et accueillante, rue de l'Ours, c'est-à-dire plein centre, détonne à deux pas des ruelles élégantes et piétonnes avec leurs élégants magasins propices au lèche-vitrine. En faisant goûter son muscat à croquer, son gewurz richement parfumé au nez d'agrumes, le gars Robert, relayé aujourd'hui par son fils Georges, continue de rêver encore d'un destin glorieux pour le terroir d'ici. " Ah, si la Harth était classée grand cru, il y en a certains qui seraient à l'ombre... "

vue-du-bollenberg-g.wurth.jpgCertains grands domaines des environs, gens du négoce et des coopératives ont pareillement des vins sur les 350 ha de la Harth. C'est le cas de René Sparr à Sigolsheim, dont le domaine s'étend aussi sur le Brand de Turckheim et le Schlossberg de Geisberg. Sigolsheim, hormis sa belle nécropole panoramique qui abrite les tombes des valeureux qui combattirent dans les combats de la poche de Colmar fin 1944, début 1945, " n'a pas, dit-il, les attraits de Riquewihr. Et puis Colmar est le lieu où l'on fait les courses, on les paye les impôts... ".

" De Colmar, ajoute Pierre Hussherr, aujourd'hui maire d'Eguisheim, qui a fait de Wolfberger, issu de la cave de sa commune, le géant du vignoble (10% de ses vignes et de son chiffre d'affaires), est le lieu où toute la géographie économique de l'Alsace s'éclaire. Nous sommes à deux pas de Fribourg, pas très loin de Zurich. A travers le Rhin, on se comprend. Alors que pour se faire entendre à Paris... "


" Colmar, renchérit Alex Heinrich, son outsider de Pfaffenheim continue de bénéficier d'une antériorité historique. Dès le Moyen-Age, on y exportait le vin. Alors que Mulhouse, née du textile, n'existait pas. " Tous deux parlent le même langage, collectif, au service de la qualité. " En Alsace, les coopératives ont su montrer que le succès passait par des moyens techniques neufs, que souvent les petits vignerons ne peuvent pas se permettre, et des rendements moindres. "


A Ribeauvillé, la cave coopérative, dirigée par l'amateur d'art Jean-Marie Lang, accorde ainsi une prime, destinée à compenser une éventuelle perte sur le raisin récolté: on paye ainsi la différence entre les 50 hectos à l'ha vendangés réellement et les 66 ha autorisés par la loi. " On a fait passer le message de la qualité ", note encore Alex Heinrich. C'est d'ailleurs le maître-mot des vignerons-vedettes d'ici qui se moquent un peu de la " Foire aux vins " du mois de juillet (" elle amène 200000 spectateurs aux spectacles de Johnny Hallyday, mais elle n'apporte rien aux vignerons ", relève le grand Léonard Humbrecht de Wintzenheim), mais qui préfèrent évoquer le travail de l'INRA (Institut national de la recherche agronomique qui fait des expériences sur les cépages à partir de ses propres vignes), ici-même.


Jean-Michel Deiss, l'original de Bergheim, tente de faire bouger les choses. Non seulement avec un pinot noir Burlenberg, récolté sur 35 hecto l'ha qui peut faire la nique aux grands bourgognes, mais avec un essai de vins complantés de tous les cépages d'Alsace sur le sol argilo-calcaire grand cru de l'Altenberg. 17 hecto l'ha, 13,5° et 120 grammes de sucres résiduels pour un vin révolutionnaire (l'appellation grand cru n'étant accordée en théorie que pour les muscat, riesling gewurz ou tokay), c'est un pari, auquel l'INAO de Colmar a donné son feu vert.


La vie des vignerons de Colmar? Ce peut être ni le commerce, ni le travail technique, mais simplement la détente, avec les deux premiers arguments pour prétextes. " Quand nos arrières grands-parents ont fondé la Bourse aux Vins en 1898, il y a plus de cent ans, c'était pour préserver l'unité de l'Alsace lors de l'annexion prussienne, trouver de nouveaux débouchés, vendre du vin ensemble, mais c'était aussi pour boire le coup à la même table ".

Paul Ginglinger, propriétaire de 12 ha à Eguisheim, est l'un des vingt cinq descendants des cent premiers fondateurs de la Bourse aux Vins il y a un siècle; Il en est aussi le secrétaire général. " Il s'agit alors de vendre le vin où allait le touriste. Et, à cette époque, il allait plutôt à Colmar que dans nos villages ". De même, les vignerons bien nés des différents villages en profitaient pour faire de bonnes et solides agapes ensemble, à la Maison des Têtes et au Bartholdi, deux restaurants qui font partie du patrimoine architectural de la vin, et qui appartiennent, collectivement, à la dite-Bourse.

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